lundi 24 octobre 2011

Lien douteux entre gestion de l’offre et boissons sucrées

Le 29 septembre dernier dans Le Journal de Montréal, Mme Nathalie Elgrably-Levy (HEC / Journal de Montréal / Institut économique de Montréal) commente l’idée de taxer la malbouffe, qui s’inspire selon elle du «discours infantilisant des activistes anti-malbouffe qui s'autoproclament gardiens de notre santé».

Considérant que le débat des calories, de façon générale, est «le prolongement de l'idéologie collectiviste selon laquelle les comportements individuels sont l'affaire de tous et particulièrement de l'État», l’économiste senior à l'institut économique de Montréal en profite pour critiquer encore une fois le système de gestion de l’offre, indiquant notamment que «si bien des gens achètent des boissons sucrées, c'est en partie à cause de politiques étatiques qui augmentent artificiellement le prix du lait au point de le rendre inaccessible à certaines bourses. (…) Ainsi, des mesures gonflent le prix du lait et forcent les moins nantis à remplacer les produits laitiers par des boissons meilleur marché. Or, on n'entend pas les bien-pensants anti-malbouffe dénoncer ces pratiques».

«Dans vraie vie», le président de la Fédération des producteurs de lait du Québec a tôt fait de transmettre une réplique au Journal. La voici dans son intégralité.

Démagogie alimentaire

La position idéologique de Mme Elgrably contre toute intervention de l’État pour encadrer le «libre marché» au nom du bien commun est connue. Dans sa chronique du 29 septembre, elle nous en donne un bel exemple en créant un lien douteux entre la gestion de l’offre dans le secteur laitier et la consommation croissante des boissons sucrées.

Si, comme elle l’affirme, la gestion de l’offre décourage la consommation de lait au profit des boissons sucrées, moins chères, comment la chroniqueuse explique-t-elle le fait que la consommation de lait par personne est plus élevée au Canada (84 kg) qu’aux États-Unis (81,9 kg) ou qu’en Nouvelle-Zélande (77,6 kg), des pays où il n’y a pourtant pas de gestion de l’offre?

Comparer le lait aux boissons sucrées ne tient pas la route, tant sur le plan nutritif que sur celui des prix. Produire un litre de lait, boisson nutritive par excellence, demande à un producteur infiniment plus de travail et d’investissement que produire un litre de boisson gazeuse, qui ne contient que des calories vides. S’il y a un scandale, c’est qu’on nous vende aussi cher de l’eau sucrée, colorée et gazéifiée.

Comparons du comparable. Acheté en format quatre litres, 2 %, le plus gros vendeur au Québec, le litre de lait revient à 1,49 $ au consommateur. Une boisson de soya régulière (1,89 litre) coûte environ 3,99 $ et le jus d’orange du même format, 4,99 $.

Les dernières données de Statistique Canada démontrent que les prix des produits laitiers au Québec n’ont grimpé que de 1,3 % d’août 2010 à août 2011, alors que l’inflation a crû de 3,4 % et l’ensemble des aliments de 3,3 %. Toujours selon statistique Canada, depuis 3 ans au Québec, le prix des boissons non alcoolisées (eau et boissons gazeuses) a augmenté de 20 % contre 7 % pour le lait.

Ces données récentes, dans un contexte de grandes fluctuations des prix des denrées alimentaires, démontrent bien que la réglementation dans notre secteur bénéficie aux consommateurs.

Marcel Groleau
Président de la Fédération des producteurs de lait du Québec