vendredi 14 janvier 2011

Productions sous gestion de l’offre - championnes de la relève

Dans un texte publié le 13 janvier dernier (Journal de Montréal), la chroniqueuse Nathalie Elgrably (Institut économique de Montréal) s’appuie sur des données récentes du MAPAQ sur la relève agricole pour critiquer «le système de gestion de l'offre et le monopole de la vente des produits agricoles que leur concèdent les plans conjoints».

«Dans vraie vie», le président de la Fédération des producteurs de lait du Québec (Marcel Groleau) et le président de la Fédération de la relève agricole du Québec (Frédéric Marcoux) ont tôt fait de remettre les pendules de Mme Elgrably à l’heure:

Madame Elgrably cite une étude du MAPAQ pour blâmer la gestion de l’offre pour les difficultés de la relève agricole. Elle aurait intérêt à lire les études qu’elle utilise pour étayer ses opinions. En effet, l’étude en question démontre au contraire que ce sont des secteurs sous gestion de l’offre, le lait et la volaille, qui performent le mieux en matière de transfert de fermes. Les données du MAPAQ révèlent qu’en 2007, 67 % des fermes laitières dont le transfert était prévu dans les 5 prochaines années avait une relève identifiée. Même donnée pour la volaille, contre 55 % pour les bovins de boucherie et 51 % dans les céréales, des secteurs ou il n’y a pourtant pas de quotas à acheter...

Le problème de la relève et la difficulté d’accès au capital pour démarrer ou acheter une entreprise n’est pas propre au secteur agricole. Les médias faisaient récemment état de 16 000 PME dont la survie est menacée dans les 5 prochaines années par manque de planification dans le transfert de direction. Un média du réseau Quebecor rapportait aussi, récemment, que 70% des PME ne survivent pas à leur fondateur et que 90% n’atteignent pas la troisième génération.

La bonne performance des productions agricoles sous gestion de l’offre en matière de relève s’explique par la possibilité que notre modèle offre de s’établir en agriculture en tirant un revenu entièrement du marché, sans subventions des gouvernements pour compenser la volatilité des prix à la ferme. Un modèle qui nous a permis de maintenir des fermes laitières à dimension humaine partout au Québec. En Australie, où l’on a déréglementé le secteur laitier en 2000, comme le souhaite Mme Elgrably, le prix à la ferme a chuté alors que le prix de détail des produits laitiers augmentait plus rapidement qu’au Canada et qu’ils perdaient 36 % de leurs fermes laitières.

Madame Elgrably peut bien citer Ronald Reagan. La tendance à la diminution du nombre de fermes laitières, phénomène commun à tous les pays industrialisés, est plus marquée aux États-Unis, là où il n’y a pas de quotas et où, malgré les importantes subventions accordées aux producteurs laitiers par le gouvernement, il s’est perdu 38,1 % des fermes laitières depuis 2000 contre 29,8 % au Québec. Peut-on conclure que la relève se porte mieux là-bas?

Les producteurs de lait du Québec n’attendent pas après les gouvernements pour aider la relève à s’établir. Nous avons instauré en 1987 un programme d’aide à la relève qui a donné de bons résultats. Depuis, plus de 4550 jeunes producteurs de lait en ont bénéficié. Depuis 2006, nous avons mis en place un programme qui a permis de redémarrer 50 fermes laitières qui avaient cessé de produire depuis au moins 2 ans et d’y établir des jeunes producteurs qui n’avaient pas la chance de reprendre la ferme de leurs parents. Peu de secteurs de la PME peuvent se vanter de faire autant pour assurer leur relève.

Marcel Groleau, président de la Fédération des producteurs de lait du Québec et Frédéric Marcoux, président de la Fédération de la relève agricole du Québec