Dans un texte sur la multifonctionnalité de l’agriculture paru le 7 octobre sur le site de «L’Intérêt public», un journal diffusant les activités de réflexion du GRIP-UQÀM (un collectif universitaire s’interrogeant sur les questions environnementales et sociales), on peut notamment lire que le «monopole syndical de l’Union des producteurs agricoles (UPA) (…) maintient présentement l’agriculture dans le statu quo lamentable de l’idéologie productiviste. Cette dernière est issue de la Révolution verte des Trentes glorieuses d’après deuxième guerre (mécanisation, emploi de pesticides et d’engrais de synthèse, intensification et concentration de la production, bref, industrialisation de l’agriculture)».
«Dans vraie vie», l’auteur confond «productivisme» (un système dans lequel la production est donnée comme objectif premier) et «productivité» (qui découle d’une utilisation plus efficace des ressources).
Il faut en effet connaître bien peu de choses de l’agriculture d’ici et d’ailleurs pour qualifier l’agriculture québécoise de «productiviste». Si la ferme familiale a survécu quelque part en Amérique du Nord, c’est bien au Québec (90 % des fermes québécoises sont des fermes familiales). En effet, même si elle a augmenté, la taille moyenne des fermes québécoises demeure modeste, surtout quand on la compare à celle de nos voisins du sud et du reste du Canada. Par exemple, la ferme laitière québécoise possède en moyenne un troupeau de près de 55 vaches. Au Canada, le troupeau moyen est d’environ 72 vaches. Le troupeau moyen en Arizona est de 982 vaches, 900 en Californie et de 659 Idaho.
Il faut aussi une vision particulièrement condescendante du secteur agricole pour penser que les agriculteurs québécois devraient être les seuls entrepreneurs au Québec à ne pas faire preuve d’innovation pour augmenter la productivité de leur entreprise. Cette vision bucolique d’une agriculture socialement acceptable dans la seule mesure où les 29 000 familles agricoles québécoises, sans exception, se lancent dans la production de terrines et de petits pots peut bien faire fureur sur le Plateau, mais s’avère bien peu populaire (ou viable) dans nos rangs et campagnes.
Incidemment, c’est par le truchement de ces mêmes gains en productivité (dénoncés par l’auteur) que les quantités de pesticides appliquées à l’hectare ont diminué de 29% et que la charge de phosphore appliquée chaque année sur les terres agricoles a diminué de 29 000 tonnes ces dix dernières années.
lundi 11 octobre 2010
lundi 4 octobre 2010
«Bull-schiste» paysanne prise 2
Dans un communiqué diffusé le 29 septembre dernier, l’Union paysanne (UP) dénonce le fait que l’UPA a «appuyé les demandes des promoteurs» dans 9 décisions rendues par la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ) en 2009-2010. «Pourquoi l'UPA, qui dit vouloir défendre les intérêts des agriculteurs, qu'elle juge démunis devant des compagnies gazières, appuie-t-elle en même temps des projets de forages?», s'interroge Benoît Girouard, président de l’UP.
«Mais la question qui reste sans réponse est: quelle expertise a l'UPA pour traiter ce dossier? Tandis que tout le Québec se questionne sur les impacts environnementaux et sociaux de l'exploitation des gaz de schiste, que les débats n'ont pas encore été faits, l'UPA, elle, a commencé à négocier une entente cadre il y a près de deux ans sans même connaître les impacts agricoles et environnementaux», ajoute l’UP.
«Dans vraie vie», il n’appartient pas à l’UPA de déterminer si, oui ou non, la filière schiste est une bonne avenue pour le Québec. Là n’est pas son rôle à titre d’association accréditée. Il appartient plutôt à l’UPA de défendre les intérêts des producteurs agricoles (et d'exprimer leur questionnement au regard des impacts sur l'environnement et la sécurité). Dans ce cadre, deux choix s’offrent à l’UPA.
Précisons par ailleurs qu’il est question dans tous les cas de puits d’exploration, et non de puits d’exploitation, une distinction importante qui semble échapper à l’UP. Pour chaque projet, une deuxième demande devra éventuellement être faite à la CPTAQ qui, espérons-le, pourra prendre une décision à la lumière, notamment, des travaux du BAPE sur le sujet.
Somme toute, les critiques partisanes de M. Girouard font abstraction de l’essentiel: des promoteurs approchent actuellement des agriculteurs et ces derniers, faute d’outils adéquats pour faire face au phénomène, paraphent des ententes sans assurance que leurs droits sont protégés. Or, contrairement à l’Union paysanne, l’UPA est imputable de ses décisions et ne peut se permettre de privilégier des solutions attentistes et irresponsables.
«Mais la question qui reste sans réponse est: quelle expertise a l'UPA pour traiter ce dossier? Tandis que tout le Québec se questionne sur les impacts environnementaux et sociaux de l'exploitation des gaz de schiste, que les débats n'ont pas encore été faits, l'UPA, elle, a commencé à négocier une entente cadre il y a près de deux ans sans même connaître les impacts agricoles et environnementaux», ajoute l’UP.
«Dans vraie vie», il n’appartient pas à l’UPA de déterminer si, oui ou non, la filière schiste est une bonne avenue pour le Québec. Là n’est pas son rôle à titre d’association accréditée. Il appartient plutôt à l’UPA de défendre les intérêts des producteurs agricoles (et d'exprimer leur questionnement au regard des impacts sur l'environnement et la sécurité). Dans ce cadre, deux choix s’offrent à l’UPA.
- Ne pas intervenir, c’est-à-dire tolérer la conclusion d’ententes confidentielles de gré à gré entre les promoteurs et les agriculteurs, sans savoir si tous leurs droits sont protégés ou si les conditions sont équitables.
- Négocier une entente-cadre avec l’industrie couvrant tous les aspects pertinents (financiers, juridiques, sécuritaires, compensatoires, techniques, etc.) et permettant à chaque producteur, à titre de chef d’entreprise, de prendre une décision d’affaires (dans un sens ou dans l’autre) avec l’assurance que tous ses droits ont été pris en compte.
Précisons par ailleurs qu’il est question dans tous les cas de puits d’exploration, et non de puits d’exploitation, une distinction importante qui semble échapper à l’UP. Pour chaque projet, une deuxième demande devra éventuellement être faite à la CPTAQ qui, espérons-le, pourra prendre une décision à la lumière, notamment, des travaux du BAPE sur le sujet.
Somme toute, les critiques partisanes de M. Girouard font abstraction de l’essentiel: des promoteurs approchent actuellement des agriculteurs et ces derniers, faute d’outils adéquats pour faire face au phénomène, paraphent des ententes sans assurance que leurs droits sont protégés. Or, contrairement à l’Union paysanne, l’UPA est imputable de ses décisions et ne peut se permettre de privilégier des solutions attentistes et irresponsables.
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