jeudi 25 novembre 2010

L’Union paysanne en trois rapports

Dans un communiqué diffusé le 25 novembre, l’Union paysanne (UP) nous apprend qu’un premier «conseil régional paysan», constitué d’une centaine d’agriculteurs, sera prochainement créé au Témiscamingue.

Selon Pierre Lavallée, producteur d’agneaux et nouveau représentant du conseil régional paysan du Témiscamingue, «c’est la tentative récente de l’UPA d’exiger des agriculteurs la fermeture des sentiers de motoneige, non seulement pour les 25 % de l’ASRA, mais également pour sauver son monopole et son pouvoir sur la mise en marché des produits agricoles, qui semble être la goutte qui a fait déborder le vase. On ne peut pas prendre en otage la population pour préserver un monopole syndical…c’est immoral! ».

«Nos propositions et nos constats ont été repris dans le rapport Pronovost, dans le rapport St-Pierre et dans le rapport Ouimet. L’Union paysanne est donc prise au sérieux par les agriculteurs et les décideurs. Ils réalisent que notre organisation est jeune et ouverte sur le monde, qu’elle dégage de nouvelles idées et se soucie réellement de l’avenir de l’agriculture au Québec», soutient de son côté le président de l’UP, M. Benoit Girouard.

«Dans vraie vie», vanter les mérites d’une organisation au travers un premier rapport proposant le morcellement du rapport de force politique et économique des agriculteurs, un deuxième rapport qualifiant les agriculteurs de fonctionnaires déconnectés du marché (et suggérant l’abolition de l’assurance-stabilisation) et un troisième rapport qui propose plus d’usage non-agricoles en zone agricole (et plus d’influence aux intervenants municipaux) explique en grande partie la très faible adhésion des producteurs aux idées véhiculées par l’Union paysanne.

Quant aux déclarations de M. Lavallée, rappelons que ce dernier posait récemment deux conditions pour redonner aux motoneigistes le privilège d’accès sur les terres agricoles: un dédommagement de 1000$ du kilomètre et l'ouverture du marché ontarien. Veut-on vraiment faire croire aux citoyens qu’il est immoral d’exiger le maintien du rapport de force des agriculteurs mais qu’il est tout à fait moral d’exiger de l’argent et des passe-droits?

Rappelons aussi que M. Lavallée, à titre de président de la Coalition pour l’avenir de l’agriculture au Témiscamingue, est le tout premier intervenant au Québec à avoir lancé un mot d’ordre pour retirer le privilège d’accès sur les terres agricoles. Sachant que l’Union paysanne est fermement opposée à ce moyen de pression, il sera intéressant de voir qui, de M. Lavallée (qui dénonce les compressions à La Financière agricole) ou de M. Girouard (qui considère que les agriculteurs ont tout à gagner des compressions à La Financière agricole), changera son fusil d’épaule…

Soulignons également que la création d’un premier conseil régional paysan constitué (présumément) d’une centaine d’agriculteurs arrive près d’une décennie après la fondation de l’Union paysanne. À ce rythme, l’UP sera présente dans toutes les régions administratives (où on pratique l’agriculture) dans 120 ans et comptera à ce moment quelque 1 200 membres.

Précisons finalement que pour représenter l’ensemble des agriculteurs québécois (association accréditée – Loi sur les producteurs agricoles), une organisation syndicale doit faire la démonstration à la Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec qu’elle est l’organisation la plus représentative (comme dans tous les autres régimes syndicaux). Cette démonstration se fait sur la base du membership volontaire. En date de décembre 2010, le membership volontaire de l’UPA se situait à 94,26 % (40155 agriculteurs).