Dans l’édition de septembre 2010 de la revue Producteur Plus, (une division d’Agyours International), l’éditeur Léonard Pigeon se demande si le manque de relève, en agriculture, n’est pas finalement «bien correct du fait que l’agriculture devient un secteur économique sur lequel on spécule de plus en plus et qu’on tend à mondialiser à tout prix. Et pour jouer le jeu, ça prend des gestionnaires ayant accès aux capitaux nécessaires et pourvus d’une indispensable vision d’affaires. Les familles qui entretiennent cette fibre sont tout de même assez nombreuses pour remplir les tablettes d’épicerie de tout le Québec et même déborder à l’étranger».
L’éditeur de la revue ajoute que l’avenir agricole «s’annonce particulièrement captivant» et passe notamment par «la libéralisation de la profession de producteur agricole» et «la consolidation du secteur», une réalité qui selon lui «ébranle les structures mises en place au milieu du siècle dernier, telle l’UPA, (…) qui refusent d’y faire face avec positivisme».
«Dans vraie vie», il est désolant de voir une parution «agricole» faire la promotion d’un modèle en vertu duquel il serait acceptable, voire souhaitable, de sacrifier des milliers de fermes à dimension humaine et de concentrer la production entre les mains d’une poignée d’entreprises, inévitablement de plus grande taille (si on pousse le raisonnement à l’extrême, pourquoi de pas fermer quelques régions au passage…).
En lançant un appel à la consolidation et au positivisme face aux forces mondiales en faveur d’une libéralisation accrue du commerce agricole, la revue plaide en faveur d’un phénomène constituant la cause profonde des crises financière et alimentaire actuelles.
C’est d’ailleurs le point de vue du rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation, M. Olivier de Schutter, que partage également l’ancien président des États-Unis, Bill Clinton: «Food is not a commodity like others (…) We need the World Bank, we need the International Monetary Fund, we need all the big foundations, we need all the governments to admit that for thirty years we all blew it, including me when I was President. We blew it! We were wrong to believe that food was like some other product in international trade » (Traduction libre : On s’est planté! On a eu tort de croire que la nourriture était un produit comme les autres dans le commerce international.)
Rappelons que près d’un milliard de nos concitoyens ne mangent pas à leur faim sur la planète, selon les données de la FAO. Et il se trouve que 70 % d’entre eux sont des paysans et des travailleurs agricoles.