jeudi 23 septembre 2010

«Bull-schiste» paysanne

Le 17 septembre dernier, l’Union paysanne (UP) diffusait un communiqué critiquant «le double langage utilisé par l’UPA dans le dossier des gaz de schiste». Le président de l’UP, M. Benoît Girouard, voit en effet une contradiction entre les inquiétudes publiquement exprimées par l’UPA quant au dossier du schiste et la négociation d’une entente avec Gaz Métro au nom d’un groupe de producteurs agricoles de Lotbinière pour le passage d’un gazoduc reliant deux puits existants de gaz de schiste au réseau de distribution de gaz naturel. Pour le président de l’UP, il y a lieu de parler «d'hypocrisie», ajoutant que «ça ressemble au soudain intérêt de l'UPA pour la souveraineté alimentaire, concept introduit au Québec par l’UP membre de la Via Campesina».

M. Girouard ajoute que l’UPA «clame qu'il n'y a que 2% de terres agricoles au Québec. À cet égard, l'Union paysanne interpelle l'UPA à devenir un joueur socialement responsable en ne permettant plus de nouvelle entente de passage de pipeline sur des terres agricoles le temps que le BAPE ait minimalement rendu son opinion».

«Dans vraie vie», l’UPA ne voit aucune contradiction entre défendre les intérêts d’un groupe de producteurs mis devant un fait accompli et demander qu’on mette la pédale douce dans le dossier des gaz de schiste. L’alternative proposée par l’UP, soit laisser à eux-mêmes des dizaines de producteurs face à un projet qui pourrait éventuellement obtenir le feu vert (et qui, rappelons-le, peut légalement faire l’objet d’une décision unilatérale du promoteur – d’où l’importance d’en arriver à un règlement négocié), apparait irresponsable pour l’UPA.

Il est par ailleurs intéressant de voir M. Girouard qualifier de «soudain» l’intérêt de l’UPA pour la souveraineté alimentaire, ce concept d’avenir ayant fait l’objet d’une résolution unanime au congrès général de l’Union en décembre 2007.

Rappelons par ailleurs que l’UPA, contrairement à l’UP, manifeste concrètement son appui à ce concept, notamment au regard de la création de la Coalition pour la souveraineté alimentaire réunissant plusieurs dizaines d'organisations québécoises et canadiennes.

Quant à l’adhésion de l’UP à la Via Campesina, il y a lieu de se demander si ce mouvement paysan international, qui favorise l'organisation, la coopération et la communauté, sait que M. Girouard milite activement contre la mise en marché collective. On devine que le président de l’UP n’est pas particulièrement loquace ou explicite sur cet aspect de son programme lors de ses échanges avec le «Head Office» (si échanges il y a véritablement).

Il est finalement paradoxal de voir le président de l’UP lancer des ultimatums à l’UPA quant au schiste en territoire agricole, lui qui réclame une plus grande flexibilité au regard des activités non-agricoles en zone verte.