lundi 2 août 2010

Un objectif d'ordre commercial

Dans l’édition de mai/juin de la revue Producteur plus (une division de Agyours International – plate-forme d’information et d’échange sur la machinerie agricole), le président des Céréaliers du Québec, M. Louis R. Joyal, fait la promotion du mémoire de son organisation intitulé «Un monopole syndical qui étouffe notre agriculture». Le mémoire prétend notamment établir que le régime syndical actuel «a cessé d’évoluer alors que la situation socio-économique progressait, de même que le développement des marchés, si bien que les structures actuelles (…) lui confèrent des pouvoirs excessifs qui l’empêchent aujourd’hui de saisir les opportunités que présente la nouvelle économie».

«Dans vraie vie», le président des Céréaliers du Québec confirme que la cible véritable de la majorité des organisations remettant en question le principe d’association accréditée en agriculture n’est pas d’ordre syndical, mais plutôt d’ordre commercial.

Comme le faisait récemment remarquer la journaliste Annie Morin (Soleil de Québec) : «Son groupe d'attache, les Céréaliers du Québec, est d'ailleurs engagé depuis plusieurs années dans une lutte juridique avec la Fédération des producteurs de cultures commerciales du Québec, qui tente d'organiser la mise en marché des céréales. Les producteurs-transformateurs de sirop d'érable ont également tenté de s'extirper du plan conjoint qui contrôle la production et fixe le prix minimal de la matière première. Ce qui ne les empêche pas de profiter de la hausse phénoménale de la demande et des prix des dernières années. Quant aux maraîchers, ils ont maintes fois rejeté l'idée de pouvoirs accrus (création d’une chambre de coordination) pour la Fédération des producteurs maraîchers du Québec, associée à l'UPA».

De toute évidence, ces organisations considèrent que leurs membres (quelques centaines de producteurs et de transformateurs) sauraient tirer leur épingle du jeu à l’extérieur des règles démocratiques de la mise en marché collective, dans un nouvel environnement commercial où quelques «gros» producteurs seraient en compétition directe avec les milliers d’agriculteurs faisant le choix d’une agriculture équitable, à dimension humaine.

Tout en oubliant que l’UPA n’est pas directement impliquée dans la gestion des mécanismes de mise en marché collective (quoiqu’elle en fait la promotion), l’agenda de ces organisations est clair : affaiblir (dans un premier temps) la seule organisation syndicale favorisant un rapport de force efficace, consensuel et cohérent sur les plans politique et commercial dans l’espoir de se désengager (dans un deuxième temps) du seul instrument commercial permettant d’empêcher les acheteurs (transformateurs, multinationales, etc.) de jouer les producteurs les uns contre les autres. Ce faisant, pour des raisons strictement mercantiles et individualistes, ces organisations sont prêtes à sacrifier un des rares modèles au monde qui permet aux producteurs de vivre convenablement de leur métier.

Cet objectif rappelle celui de l’Union paysanne, qui souhaite des modifications importantes à la mise en marché collective (qu’elle qualifie d’inutilement contraignante). Encore une fois, ce penchant pour la libéralisation du commerce amène l’UP (qui s’en défend bien) à adopter des positions plus apparentées à celles de l'Institut économique de Montréal qu’à la Via Campesina.