Le 16 juin dernier dans le journal Metro, le chroniqueur David Descôteaux, chercheur associé à l'Institut économique de Montréal (IÉM), attribue le prix élevé (selon lui) des aliments québécois au «lobby agricole», à la gestion de l’offre et à la mise en marché collective. Le chroniqueur met également en cause le principe d’association accréditée en agriculture en saluant la création du Conseil des entrepreneurs agricoles (CEA), fondé selon lui par «les producteurs de céréales, de sirop d’érable et les jardiniers maraîchers», qui «commencent à en avoir ras-le-bol de ce système digne des années soviétiques».
«Dans vraie vie», le chercheur associé ne fait que relayer une position connue de l’IÉM au regard de la gestion de l’offre. Cette dernière va toutefois à l’encontre de recherches sérieuses sur le sujet, comme en témoigne de récentes études (2008) du Groupe AGÉCO analysant la performance comparée des systèmes de régulation du Canada, des États-Unis, de la France, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande. Selon ces études, la déréglementation en Australie, citée en exemple par le chroniqueur, s’est faite au détriment des producteurs, sans bénéfice pour les consommateurs.
Ajoutons que le chroniqueur, comme la grande majorité des opposants à la gestion de l’offre et à la mise en marché collective, passe sous silence l’impact des marges exorbitantes prises par les intermédiaires sur la facture du panier d’épicerie. À titre d’exemple, un fromage vendu 14 $ le kilogramme par une fromagerie au distributeur est revendu 19 $ le kilogramme au détaillant, qui lui le revend 42 $ le kilogramme au consommateur. Le même phénomène existe aux États-Unis (un autre système cité en exemple par M. Descôteaux), alors qu’un producteur américain reçoit en moyenne 56¢ pour une livre de bacon (vendu au consommateur 3,29$), 79¢ pour une douzaine d’œufs (vendue 2,19$ au consommateur), 91¢ la livre pour une surlonge de bœuf (vendue 6,99$ la livre au consommateur) et 14¢ pour une boîte de céréales (vendue 4,95$ au consommateur).
Quant au Conseil des entrepreneurs agricoles, soulignons qu’il est faux de prétendre qu’il est fondé par «les producteurs de céréales, de sirop d’érable et les jardiniers maraîchers». Le Conseil est plutôt créé par trois organisations qui prétendent représenter 300 producteurs maraîchers (19% des 1553 producteurs maraîchers) 200 producteurs de céréales (1,9% des 10266 producteurs de culture commerciale) et 300 producteurs de sirop (4,1% des 7395 producteurs acéricoles).
Par ailleurs, tout porte à croire que le nombre véritable de membres est beaucoup moindre (environ 460 au total), d’autant plus que l’Association des Érablières-Transformateurs des produits de l'érable représente également (voire surtout) des transformateurs et des acheteurs d’équipement. C’est probablement pourquoi l’Association s’est présentée aux audiences sur l'accréditation du Conseil de l'Industrie Acéricole comme association représentative d'acheteurs, et non de producteurs.