lundi 28 juin 2010

L’UP n’a de gauche… que le discours

Dans sa chronique du 21 juin dernier, la journaliste Annie Morin explique pourquoi elle a récemment fait référence à la droite (Conseil des entrepreneurs agricoles - CEA), au centre (UPA) et à la gauche agricole (Union paysanne - UP). «Sans être parfaite, la référence à la gauche et à la droite a toutefois le mérite de situer des acteurs encore peu connus du grand public», écrit-elle notamment.

«Dans vraie vie», les raisons invoquées par la journaliste pour qualifier le CEA d’organisation conservatrice de droite sont tout à fait justes:
  • «Pour définir la droite, le Petit Robert parle de «fraction de l'opinion publique conservatrice ou réactionnaire». Oublions les réactionnaires pour nous concentrer sur les conservateurs, qui font aujourd'hui la promotion d'un État minimal et d'un libéralisme économique total, entre autres choses. Lors de son lancement, le CEA a insisté sur son intention de «regrouper les agriculteurs qui se caractérisent par leur esprit d'entreprise et leur désir de gérer eux-mêmes leur ferme». Son président, Gilles Brouillard, parle de «droit de choisir» et ne se gêne pas pour critiquer le contrôle exercé sur la mise en marché par plusieurs branches de l'UPA. Son groupe d'attache, les Céréaliers du Québec, est d'ailleurs engagé depuis plusieurs années dans une lutte juridique avec la Fédération des producteurs de cultures commerciales du Québec, qui tente d'organiser la mise en marché des céréales. Les producteurs-transformateurs de sirop d'érable ont également tenté de s'extirper du plan conjoint qui contrôle la production et fixe le prix minimal de la matière première. Ce qui ne les empêche pas de profiter de la hausse phénoménale de la demande et des prix des dernières années. Quant aux maraîchers, ils ont maintes fois rejeté l'idée de pouvoirs accrus pour la Fédération des producteurs maraîchers du Québec, associée à l'UPA.»
Les raisons invoquées pour qualifier l’UP d’organisation de gauche sont toutefois moins convaincantes:
  • «Il est d'ailleurs vrai qu'en huit ans d'existence, le regroupement a poussé des concepts novateurs, bien que souvent inspirés de ce qui se fait ailleurs, particulièrement en Europe. Produits différenciés et à valeur ajoutée, circuits courts de distribution, modes de production plus respectueux de l'environnement ont ainsi trouvé leur place dans les campagnes et, depuis peu, dans les politiques gouvernementales.»
L’UPA, qualifiée d’organisation centriste par la journaliste, appuie en effet tous ces concepts depuis longtemps. Il est donc erroné d'attribuer à l'Union paysanne le côté innovateur de l'agriculture québécoise. Rappelons notamment que la toute jeune Association des marchés publics du Québec (AMPQ) reçoit depuis bientôt quatre ans un appui majeur de l’UPA et de la Fédération des producteurs maraîchers du Québec (FPMQ) au regard de sa structuration et de son développement. Signalons aussi que l’UPA et l’AMPQ conviait, l’an dernier, la population québécoise à la toute première édition de La Semaine québécoise des Marchés publics.

L’UPA applaudit aussi le succès grandissant des produits de niche et du terroir car ces derniers ne font qu’ajouter à l’excellente réputation des produits agricoles québécois. Rappelons en effet que le Québec, en 2008, compte quelque 350 variétés de fromages alors que depuis 2002, le nombre d’entreprises artisanales dans le secteur laitier québécois a connu un développement accéléré, passant de 34 à 50, soit près de 60% d’augmentation.

L’Union appuie ainsi le développement de produits différentiés, prônant un certain équilibre entre ces derniers et la production traditionnelle. Ce parti pris pour l’atteinte d’un équilibre s’illustre d’ailleurs dans la composition même de l’UPA, qui compte de plus en plus de fédérations affiliées issues des secteurs en émergence : Fédération des producteurs de lapins, de chèvres, de grand gibier, produits bio, etc. C’est à cette notion d’équilibre que fait référence la journaliste lorsqu’elle écrit :
  • «L'UPA est un incroyable mélange des genres. De la droite et de la gauche, elle doit faire émerger un consensus, quitte à couper les demi-poires en deux. C'est ce message passé au tamis qu'elle porte au gouvernement, qui serait bien malvenu de l'ignorer.»
Soulignons également que l’UPA est à l’origine de la création de la Coalition pour la souveraineté alimentaire. En effet, le 24 novembre 2008, 65 organisations de la société civile coalisaient leurs forces et fondaient la nouvelle Coalition, qui a pour objet la promotion du droit des peuples à définir leurs politiques agricoles et alimentaires en vue d'assurer leur droit à l'alimentation et leur sécurité alimentaire.

Côté agroenvironnement, l’UPA encourage l'engagement de chacun dans l'adoption de pratiques toujours plus respectueuses. Programme de mise en valeur de la biodiversité des cours d'eau en milieu agricole, en partenariat avec la Fondation de la faune du Québec, clubs-conseils en agroenvironnement, portrait agroenvironnemental (2004 et 2007) des fermes du Québec, les exemples sont nombreux à cet égard.

Quant à l’UP, soulignons qu’elle se définit elle-même d’alternative entrepreneuriale à l’UPA (La Vie agricole, 23 avril 2010) et qu’elle souhaite, comme le Conseil, des modifications importantes à la mise en marché collective (qu’elle qualifie d’inutilement contraignante). Tel qu’indiqué dans un texte précédent, ce penchant pour la libéralisation du commerce amène l’UP (qui s’en défend bien) à adopter des positions plus apparentées à celles de l'Institut économique de Montréal, au niveau notamment de la mise en marché collective et des valeurs syndicales, qu’à la Via Campesina.

Somme toute, il y a tout lieu de croire que l’UP n’a de gauche… que le discours.