vendredi 8 juin 2012

Au contraire Monsieur le Bloggeur

Le 31 mai dernier, le président de l’Union paysanne (Benoît Girouard) soulignait entre deux blogs sur le site du Journal de Montréal que «le monopole syndical de l'Union des producteurs agricoles fête aujourd'hui ses 40 ans (…) c'est en effet le 30 mai 1972 qu'une loi força tous les chefs d'entreprises agricoles du Québec à payer une cotisation obligatoire à l'UPA.

Pour M. Girouard (selon qui le gouvernement actuel n'a plus aucune crédibilité dans le dossier agricole), ce «monopole» «freine tout simplement le développement de l’agriculture au Québec», alors que «plus de 140 millions de dollars» sont prélevés annuellement «dans les poches des agriculteurs (…) afin de faire fonctionner son système de mise en marché collective. Ses fameux prélevés n'ont fait qu'augmenter depuis 10 ans, afin de soutenir une structure de plus en plus lourde et une Confédération déficitaire».

«Dans vraie vie», la Loi sur les producteurs agricoles (1972) stipule que le statut d’association accréditée est dévolu à l’organisation à laquelle adhère volontairement la majorité des producteurs (comme dans tous les autres régimes syndicaux au Québec, à l’exception des travailleurs de la construction). Une autre organisation que l’UPA peut très bien accéder au statut d’association accréditée dès qu’elle détient à son tour la majorité des appuis. Le terme «monopole» est donc inapproprié, d’autant plus que la Régie, dans le cas où l’association accréditée ne représenterait plus la majorité des producteurs, pourrait révoquer ladite accréditation (P-28, art. 20 et 22). Actuellement, malgré la présence d’autres organisations syndicales, près de 95 % des producteurs agricoles québécois adhèrent volontairement à l’UPA et le font à chaque année au rythme des renouvellements et des nouvelles adhésions.

Au regard du développement de l’agriculture québécoise et du précompte syndical que suppose le statut d’association accréditée (comme dans tous les régimes syndicaux au Québec), soulignons que l’existence d’une organisation démocratique comme l’UPA, dirigée et financée par et pour l’ensemble des producteurs agricoles, entraîne notamment l’obtention de politiques leur permettant:
  • d’améliorer leurs revenus (assurances récoltes et stabilisation, remboursement des taxes foncières, financement adéquat, gestion de l’offre, mise en marché collective, législations diverses, subventions, etc.);
  • de continuer d’exercer leur profession (protection du territoire agricole, protection des activités agricoles, soutien à la relève, valorisation, Fonds de défense professionnelle, etc.).
L’existence d’une telle organisation permet aussi de travailler:
  • au développement de services favorisant le développement de leur profession (services-conseils, comptabilité-fiscalité, main-d’œuvre, sécurité au travail, formation, recherche, innovation, etc.);
  • à l’amélioration de leurs pratiques professionnelles, dans l’intérêt du public et en réponse aux attentes sociétales (agroenvironnement, traçabilité, innocuité, qualité, etc.);
  • de promouvoir les systèmes de mise en marché collective et d’accompagner les groupes qui souhaitent s’en prévaloir.
Il est finalement faux de prétendre, comme le fait M. Girouard (qui brillait par son absence lors des audiences de la CAPERN sur le Livre vert):

jeudi 24 mai 2012

Moins de fermes, mais tant mieux pour qui?

Dans Le Devoir du 15 mai dernier, Sylvain Charlebois, chercheur en distribution et politiques alimentaires au Collège en management et études économiques de l’Université de Guelph, indique que «notre souveraineté alimentaire sera assurée uniquement si nous avons l’audace de miser sur une stratégie qui choisit des secteurs agricoles dont l’avantage concurrentiel est porteur d’un avenir meilleur. Cela veut donc dire que nous avons toujours trop de fermes, et certaines doivent disparaître».

«Dans vraie vie», Charles-Félix Ross, économiste en chef de l’Union, a tôt fait de répliquer dans l’édition du 24 mai, faisant notamment valoir que le propos de M. Charlebois «traduit une vision restrictive de la réalité agricole, également peu soucieuse des préférences sociétales des Québécois et des agriculteurs eux-mêmes. On y devine, à peine voilés, les préceptes d’une idéologie ultralibérale qui prône les mérites de la sélection naturelle. Voilà justement qui l’amène à conclure que c’est tant mieux si nous perdons des entreprises bien de chez nous».

mardi 10 janvier 2012

Motivation du CEA - rien à voir avec le syndicalisme agricole

Le 10 janvier dernier, l’Association de défense des producteurs de bovins (ADPB) annonçait qu’elle joignait les rangs du Conseil des entrepreneurs agricoles (CEA), un organisme sans but lucratif souhaitant mettre fin au principe d’association accréditée en agriculture (accréditation unique).

Les deux organismes «demandent au gouvernement du Québec, dans le cadre de sa prochaine Politique agricole dont les consultations reprendront au cours des prochaines semaines, de mettre fin au régime d'accréditation unique en agriculture et de redonner le droit aux producteurs agricoles de cotiser à l'organisme syndical de leur choix».

«Dans vraie vie», la notion de membership au CEA est quelque peu galvaudée. D’une part, rien ne permet de croire que le Conseil représente véritablement 1200 producteurs, la validité de ce nombre n’ayant jamais été démontrée. D’autre part, le CEA n’a jamais fait état d’une consultation en bonne et due forme lui permettant d’affirmer que les individus (producteurs et non-producteurs – peu importe leur nombre) représentés par chacun des organismes concernés partagent l’avis de leurs dirigeants sur l’abolition de l’accréditation unique en agriculture, un principe syndical qu’on retrouve pourtant dans tous les secteurs au Québec, sauf dans celui des chantiers de construction. Pour l’UPA, les agriculteurs du Québec n’ont collectivement rien à gagner à affaiblir leur rapport de force syndical et commercial à l’heure où l’économie se mondialise et où les intervenants avec lesquels ils transigent sont de plus en plus gros.

Au mieux, le CEA peut prétendre représenter les dirigeants de quatre organismes (dont un syndicat et trois organismes sans but lucratif) fortement motivés par des intérêts commerciaux sectoriels qui ne profitent qu’à une poignée d’individus et qui, surtout, n’ont rien à voir avec le syndicalisme agricole:

  • Association de défense des producteurs de bovins : nombre indéterminé de producteurs s’opposant à l’acquisition, par la Fédération des producteurs de bovins du Québec en 2006, de l’abattoir Levinoff-Colbex;
  • Association des érablières-transformateurs des produits de l'érable : un nombre indéterminé d’acheteurs-transformateurs de sirop qui souhaitent affaiblir le rapport de force commercial des producteurs acéricoles (Fédération des producteurs acéricoles du Québec);
  • Association des jardiniers maraîchers du Québec : un regroupement de producteurs souhaitant protéger leur lien d’affaires privilégié avec le Marché central et le Marché public de La Prairie;
  • Céréaliers du Québec : un nombre indéterminé de producteurs de céréales s’opposant à la création, par la Fédération des producteurs de cultures commerciales du Québec en 2011, d’un système de recueil et de diffusion d'information permettant aux producteurs d’être mieux informés lorsque vient le temps de faire leurs transactions.

vendredi 9 décembre 2011

Producteur mon oeil

Dans un communiqué de presse le 5 décembre 2011, le président de l’Union paysanne (UP), M. Benoît Girouard, dit se voir «réclamer par le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ) son remboursement de taxes foncières agricoles», car il n’aurait pas «payé sa cotisation syndicale à l'Union des producteurs agricoles (UPA)».

«Dans vraie vie», l’UPA a précisé le jour même que:
  • M. Girouard ne doit aucune somme à l’UPA, car il n’apparaît pas sur sa liste de producteurs;
  • pour apparaître sur cette liste, une personne doit avoir une production annuelle destinée à la mise en marché égale ou supérieure à 5000$;
  • selon les vérifications de l’UPA, ce n’est pas le cas de M. Girouard;
  • il est faux de prétendre, comme le fait M. Girouard, qu’il a payé deux cotisations (une à l’UPA, une à sa propre organisation) depuis «suffisamment longtemps». M. Girouard n’a jamais payé une cotisation à l’UPA;
  • de façon générale, dès que le MAPAQ informe l’UPA de l’existence d’un nouveau producteur, l’UPA l’inscrit sur sa liste et lui transmet un avis de cotisation. S’il y a non-paiement, une vérification est faite sur le statut de production de la personne concernée. Si l’UPA ne peut établir que la personne a une production annuelle destinée à la mise en marché égale ou supérieure à 5000$, elle le retire tout simplement de sa liste.
Dans un communiqué diffusé le lendemain (6 décembre), le président de l’UP a répliqué que l’UPA avait «menti aux médias». Pour preuve, il joignait au communiqué sa carte de producteur, une lettre de bienvenue de son syndicat de base ainsi qu’une lettre du MAPAQ l’informant qu’il n’avait pas payé sa cotisation à l’UPA. En conclusion, M. Girouard disait espérer «qu’il sera poursuivi, tout comme les milliers d’autres depuis 40 ans, afin de démontrer à la nation québécoise ce qu’est le monopole de l’UPA».

La séquence réelle des événements permet toutefois de constater la faiblesse des arguments du président de l’UP.
  • M. Girouard a enregistré son entreprise comme « exploitation agricole » auprès du MAPAQ.
  • Quelques mois plus tard, (soit en avril 2010) l’UPA a inscrit l’entreprise de M. Girouard sur sa liste de « producteurs agricoles ».
  • L’UPA a procédé de la même façon qu’à l’habitude – elle a transmis une lettre de bienvenue à ce «nouveau producteur» ainsi qu’un avis de cotisation, à partir de l’information transmise par le MAPAQ.
  • M. Girouard a reçu des avis de cotisation mais n’y a pas donné suite.
  • Sans nouvelles du «producteur» et avant d’entamer des démarches de recouvrement, l’UPA a procédé à une vérification de son statut, comme elle le fait toujours en pareilles circonstances.
  • Après vérification, l’UPA a donc retiré son nom de ses listes, puisqu’on ne pouvait établir qu’ il respectait les conditions nécessaires pour être producteur agricole (au niveau notamment d’une production annuelle destinée à la mise en marché égale ou supérieure à 5000$).
  • Précisons à cet égard que l’UPA a dans ses dossiers la copie d’une décision de la Commission de protection du territoire agricole (#367772 – 23 novembre 2010) autorisant M. Girouard à convertir sa grange en ébénisterie. Cette autorisation allait dans le sens de ce qui avait été préalablement constaté, à savoir l’absence d’activités agricoles significatives. Ajoutons aujourd’hui que cette grange, a même complètement disparue et qu’il n’existe aucun bâtiment agricole sur place.
En conclusion, le président de l’UP précise que son adresse est masquée sur les documents joints à son communiqué afin « d’éviter des représailles ». Parions que c’est plutôt pour que les médias n’aillent pas sur place pour constater de visu qu’il n’y a pas d’activités agricoles sur les lieux.
À l’égard des «milliers de producteurs poursuivi par l’UPA depuis 40 ans», précisons simplement que le nombre réel se situe plutôt autour de 20 dossiers par année (sur 42000).
Quant au troisième communiqué de l’UP diffusé le 7 décembre, qui demande si «le placement syndical existe également en agriculture» en lien avec le passage, à l’UPA, de l’ex-ministre de l’Agriculture Marcel Landry, soulignons simplement que l'UP est fidèle à elle-même en percevant négativement la nomination d’un député ayant une bonne connaissance du secteur dans lequel il est appelé à œuvrer à titre de ministre. C’est pourtant généralement l’objectif.
Présumons donc que l’UP est toute aussi mécontente de la nomination d’Yves Bolduc (issu du réseau de la santé) à la santé, de François Legault (issu du milieu des affaires) aux finances et au développement économique, de Richard Legendre (ex-directeur des Internationaux de tennis du Canada) au loisir et au sport, etc.
Cette vision particulière des choses explique probablement pourquoi un non-agriculteur peut assumer la présidence d’un syndicat (présumément) agricole tout en espérant que sa légitimité ne soit pas remise en question.

jeudi 24 novembre 2011

Le Canada fait preuve de bons sens en appuyant la gestion de l’offre

Dans son éditorial du 17 novembre dernier, le quotidien The Gazette consacrait son éditorial à la participation du Canada à un éventuel accord de libre-échange Trans-Pacifique. The Gazette indiquait notamment que «la force du lobby laitier et sa concentration dans des circonscriptions rurales fortement convoitées au Québec et en Ontario ne devraient pas excuser la lâcheté démontrée par l’ensemble des partis politiques nationaux – et québécois – en refusant de se saisir du dossier et d’agir dans l’intérêt de la majorité».

«Dans vraie vie», le president de la Fédération des producteurs de lait du Québec, Marcel Groleau, a tôt fait de rétorquer à cet éditorial:

Il est étonnant de voir un grand quotidien canadien, comme The Gazette, plaider pour que le Canada fasse d’emblée des concessions plutôt que de se préoccuper des gains possibles dans la négociation d’un accord de libre-échange Trans-Pacifique. C’est pourtant ce que fait The Gazette dans son éditorial du 17 novembre, intitulé It’s time to end supply management, en demandant au gouvernement d’abandonner la gestion de l’offre avant même de débuter les discussions.

Depuis 1986, le Canada a signé 14 accords commerciaux, dont l’ALÉNA, tout en préservant un modèle agricole qui, seulement dans le secteur laitier, lui offre des retombées économiques de 15,1 milliards de dollars, des retombées fiscales de 3 milliards de dollars, procure 215 000 emplois aux Canadiens et assure un approvisionnement de produits variés, innovateurs et de grande qualité. Les producteurs de lait retirent un juste prix entièrement du marché et sans subventions gouvernementales. Qu’ils puissent vivre honorablement de leur entreprise, eux qui travaillent 7 jours sur 7 dans des conditions climatiques qui n’ont rien de comparables à celles de l’Australie ou de la Nouvelle-Zélande, plutôt que de produire à perte et survivre grâce aux subventions comme les producteurs européens et américains, ce n’est pas honteux, c’est tout à l’honneur de notre pays.

Si la gestion de l’offre était depuis 40 ans le boulet qui empêche le Canada d’exporter, comment pourrait-il, comme le souligne The Gazette, faire partie du « top 10 » des plus grands pays commerçants ? Depuis 1986, la valeur des exportations agricoles canadiennes a plus que triplé, atteignant quelque 37 milliards de dollars en 2010. La gestion de l’offre n’a donc certainement pas empêché les productions exportatrices de développer de nouveaux marchés, comme le prétend The Gazette. Une chose devrait préoccuper l’éditorialiste cependant. Au cours de la même période, le revenu net des agriculteurs canadiens, qui était de 3,6 milliards de dollars en 1986, s’élevait en dollars constant à 2,7 milliards en 2010. Et n’eût été des subventions gouvernementales, nos collègues de ces productions auraient été dans le rouge la plupart du temps.

Quant au citoyen, rien ne garantit que la déréglementation du secteur laitier et avicole lui soit bénéfique. Au contraire, non seulement devrait-il débourser des milliards de dollars supplémentaires en subventions agricoles, mais l’expérience de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, deux pays cités par le quotidien et qui ont déréglementé leur secteur laitier démontre le contraire. Il est vrai que le prix à la ferme y a chuté après la déréglementation, mais l’indice du prix de détail y a connu une augmentation plus rapide que celui du Canada.

Le gouvernement canadien fait donc preuve de gros bon sens en appuyant la gestion de l’offre.

Marcel Groleau
Président de la Fédération des producteurs de lait

vendredi 4 novembre 2011

Charbonneau – Cournoyer sur la position de l’UP

Le 25 octobre dernier sur les ondes de «La nuit qui bat», le président de l’Union paysanne (UP) indiquait que le Québec «est la seule place dans le monde où il y a un monopole syndical en agriculture (…). Pour vous dire qu’on est drôlement en retard sur les standards de démocratie ».

«Dans vraie vie», le président de l’UP réaffirmait récemment la position officielle de son organisation, à savoir que «le modèle syndical dans l’industrie de la construction permettant aux syndiqués d’adhérer au syndicat de leur choix» (…) constitue la seule voie à suivre pour «instaurer une véritable démocratie dans l’agriculture» (Terre de chez nous, 3 novembre 2011).

À cet égard, l’ex-président de l'Assemblée nationale Jean-Pierre Charbonneau (Club des ex – RDI) et l’ex-ministre du Travail Jean Cournoyer ne partagent manifestement pas ce point de vue, comme en témoigne le même article de la TCN.

lundi 31 octobre 2011

Une émission dans le champ

Le 25 octobre dernier, l’émission «On est tous dans le champ!» consacrait un épisode complet au «monopole syndical de l’UPA». «L’UPA, à travers ses fédérations, contrôle la mise en marché d’un grand nombre de produits agricoles. Certains disent que les temps ont changé et voudraient vendre leurs produits eux-mêmes. Cette mise en marché obligatoire est pour eux un carcan dont ils voudraient se libérer. Après 40 ans, le monopole de l’UPA aurait-il fait son temps?», mentionnait en ouverture d’émission l’animatrice Pascale Tremblay, ex-commissaire de la Commission sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire québécois (CAAAQ).

«Dans vraie vie», cet épisode n’a pas traité d’accréditation syndicale. Il a plutôt traité de mise en marché collective. Or, l’UPA ne commercialise aucune denrée agricole. Cette activité est réservée aux groupes de producteurs d’un secteur donné (sirop d’érable, bovins, agneaux, céréales, lait, volaille, œufs, lapins, lait, chèvres, fruits et légumes de transformation, bois, pommes, pommes de terre etc.) ayant collectivement/démocratiquement fait le choix de se doter d’un plan conjoint (en vertu des dispositions de la Loi sur la mise en marché des produits agricoles, alimentaires et de la pêche). Actuellement, 15 des 25 fédérations spécialisées affiliées (par choix) à l’UPA gèrent un plan conjoint, qui permet de rétablir l’équilibre entre les producteurs et les acheteurs de leurs produits.

Soulignons par ailleurs qu’il est malheureux d’avoir exclu le point de vue des dizaines de milliers de producteurs adhérant aux valeurs de l’UPA et au principe de la mise en marché collective. Au-delà de la présence du président de l’UPA, un reportage véritablement équilibré aurait laissé une place significative à ces derniers.

Quant aux critiques entendues à l’émission :

Production d’agneaux : tous peuvent, s’ils le souhaitent, produire et vendre eux-mêmes des agneaux légers et des agneaux de lait. L’agence de vente ne concerne que l’agneau lourd. Il n’y a aucune obligation de produire des agneaux lourds – il y a obligation de les vendre par le biais de l’agence de vente des agneaux lourds lorsqu’on en produit. 

Production de céréales : il existe une agence vente uniquement pour le blé destiné à la consommation humaine. En 2010, ce blé représentait 1,9% de la production québécoise de céréales (en dollars de vente).

Production de sirop d’érable : seul le sirop en vrac (barils) est transigé par l’agence de vente. Tous les acériculteurs qui détiennent un contingent peuvent s’ils le souhaitent commercialiser leur sirop sur le marché de détail aux prix qui leur convient. La vente directe aux consommateurs (à la ferme, en kiosque ou dans les marchés publics) n’est pas visée par le plan conjoint et par les règlements de la Fédération.

En terminant, il est un peu navrant de constater que les «experts» invités à cette émission, en prétendant discuter d’accréditation syndicale, n’avaient rien à dire sur la contribution de l’UPA (rendue possible grâce au principe d’association accréditée) au développement de l’agriculture, des régions et de toute la société québécoise. Pourtant ce ne sont pas les exemples qui manquent: contribution au développement éducatif des campagnes; à la reconnaissance de la profession agricole; à la protection du territoire agricole; à l'électrification rurale; à la mise en place du crédit agricole et des programmes de soutien du revenu agricole; au développement des coopératives agricoles et forestières, au développement du réseau des caisses populaires et des mutuels d’assurance; à la mise sur pied d’Aliments du Québec, d'Agri-Traçabilité Québec, de l’Institut de recherche en agroenvironnement, de 55 projets de gestion de l’eau par bassin versant, etc.

Rappelons finalement que c’est aussi à l’UPA que l’on doit la mise sur pied de Solidarité rurale (malheureusement, la mémoire est une faculté qui oublie).

mardi 25 octobre 2011

Pas de débat à faire sur l’accréditation syndicale en agriculture

Le 22 octobre dernier, les militants libéraux réunis en congrès ont adopté une résolution demandant de mettre fin au principe d’association accréditée en agriculture.

«Dans vraie vie», comme le mentionnait récemment Jean Lortie, secrétaire général de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), «Il n’y a pas de débat à faire sur l’accréditation syndicale en agriculture. À notre avis, une organisation syndicale a le droit d’être porte-parole et responsable des négociations du groupe qu’elle représente dès qu’elle représente 50% plus un des voix». Quant aux opposants à l’accréditation unique, «qu’ils fassent d’abord la preuve de leur crédibilité et de leur représentativité auprès des agriculteurs québécois. Pour l’heure, la question ne se pose pas. Elle se poserait par exemple si l’Union paysanne se présentait devant la Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec avec 20000 agriculteurs membres. L’UPA, l’association accréditée actuelle, devrait défendre son statut».

Selon le secrétaire général de la CSN, «l’UPA n’a pas de monopole syndical en agriculture puisqu’une campagne de recrutement massive effectuée par un autre syndicat pourrait aboutir à une contestation et à une perte de son statut d’association accréditée». M. Lortie a conclu en disant que «tout comme il ne peut y avoir trois syndicats dans un abattoir de poulets, il ne peut y avoir trois associations accréditées en agriculture pour être porte-parole et représenter les agriculteurs».

SOURCE : La Terre de chez nous, 15 septembre 2011

lundi 24 octobre 2011

Lien douteux entre gestion de l’offre et boissons sucrées

Le 29 septembre dernier dans Le Journal de Montréal, Mme Nathalie Elgrably-Levy (HEC / Journal de Montréal / Institut économique de Montréal) commente l’idée de taxer la malbouffe, qui s’inspire selon elle du «discours infantilisant des activistes anti-malbouffe qui s'autoproclament gardiens de notre santé».

Considérant que le débat des calories, de façon générale, est «le prolongement de l'idéologie collectiviste selon laquelle les comportements individuels sont l'affaire de tous et particulièrement de l'État», l’économiste senior à l'institut économique de Montréal en profite pour critiquer encore une fois le système de gestion de l’offre, indiquant notamment que «si bien des gens achètent des boissons sucrées, c'est en partie à cause de politiques étatiques qui augmentent artificiellement le prix du lait au point de le rendre inaccessible à certaines bourses. (…) Ainsi, des mesures gonflent le prix du lait et forcent les moins nantis à remplacer les produits laitiers par des boissons meilleur marché. Or, on n'entend pas les bien-pensants anti-malbouffe dénoncer ces pratiques».

«Dans vraie vie», le président de la Fédération des producteurs de lait du Québec a tôt fait de transmettre une réplique au Journal. La voici dans son intégralité.

Démagogie alimentaire

La position idéologique de Mme Elgrably contre toute intervention de l’État pour encadrer le «libre marché» au nom du bien commun est connue. Dans sa chronique du 29 septembre, elle nous en donne un bel exemple en créant un lien douteux entre la gestion de l’offre dans le secteur laitier et la consommation croissante des boissons sucrées.

Si, comme elle l’affirme, la gestion de l’offre décourage la consommation de lait au profit des boissons sucrées, moins chères, comment la chroniqueuse explique-t-elle le fait que la consommation de lait par personne est plus élevée au Canada (84 kg) qu’aux États-Unis (81,9 kg) ou qu’en Nouvelle-Zélande (77,6 kg), des pays où il n’y a pourtant pas de gestion de l’offre?

Comparer le lait aux boissons sucrées ne tient pas la route, tant sur le plan nutritif que sur celui des prix. Produire un litre de lait, boisson nutritive par excellence, demande à un producteur infiniment plus de travail et d’investissement que produire un litre de boisson gazeuse, qui ne contient que des calories vides. S’il y a un scandale, c’est qu’on nous vende aussi cher de l’eau sucrée, colorée et gazéifiée.

Comparons du comparable. Acheté en format quatre litres, 2 %, le plus gros vendeur au Québec, le litre de lait revient à 1,49 $ au consommateur. Une boisson de soya régulière (1,89 litre) coûte environ 3,99 $ et le jus d’orange du même format, 4,99 $.

Les dernières données de Statistique Canada démontrent que les prix des produits laitiers au Québec n’ont grimpé que de 1,3 % d’août 2010 à août 2011, alors que l’inflation a crû de 3,4 % et l’ensemble des aliments de 3,3 %. Toujours selon statistique Canada, depuis 3 ans au Québec, le prix des boissons non alcoolisées (eau et boissons gazeuses) a augmenté de 20 % contre 7 % pour le lait.

Ces données récentes, dans un contexte de grandes fluctuations des prix des denrées alimentaires, démontrent bien que la réglementation dans notre secteur bénéficie aux consommateurs.

Marcel Groleau
Président de la Fédération des producteurs de lait du Québec

vendredi 21 octobre 2011

Beaucoup plus qu’un simple «cours de cuisine»

Sur son blog le 7 octobre dernier, Mme Nathalie Elgrably-Levy (HEC / Journal de Montréal / Institut économique de Montréal commente très négativement l’une des propositions de l’UPA au regard de la future politique bioalimentaire, reprise sommairement dans un récent article du quotidien La Presse. On peut en effet lire dans l’article: «M. Lacasse ira bientôt présenter le mémoire de l'UPA à la commission parlementaire sur la politique bioalimentaire. Ses demandes: assurer l'avenir de la ferme familiale, mais aussi réintroduire un cours de cuisine obligatoire au secondaire, mieux indiquer la provenance des aliments et exiger des produits étrangers qu'ils satisfassent aux normes canadiennes.

Pour Mme Elgrably-Levy, «je crains que ce cours soit un prétexte pour faire de l’endoctrinement protectionniste, et pour conditionner nos enfants à bouder les fromages français, les fraises de Californie ou l’agneau de Nouvelle-Zélande. Il semble difficile de convaincre les Québécois de manger bio et local. Ce pourrait-il que ce cours de cuisine soit une tentative de laver le cerveau des enfants pour qu’ils choisissent les «bons aliments» une fois adultes?».

«Dans vraie vie», Mme Elgrably-Levy fait référence à un bref passage au début de l’article dans lequel il est mentionné que l’UPA réclamera notamment la réintroduction d’un «cours de cuisine obligatoire au secondaire» lors de son éventuel passage en commission parlementaire sur la future politique bioalimentaire.

Si l’économiste en chef de l’Institut économique de Montréal avait lu l’article au complet, elle aurait constaté qu’il s’agit de beaucoup plus qu’un simple «cours de cuisine». Comme l’indique la journaliste Marie Allard, «Pour informer les futurs citoyens de ces enjeux, l'UPA propose d'instaurer un cours «d'alimentation raisonnée» au secondaire, qui traiterait de santé, d'art culinaire, mais aussi de culture, d'environnement et d'économie».

La proposition, dans son intégralité, se lit comme suit (source: Le Pouvoir de se nourrir, décembre 2009).

COURS SUR L’« ALIMENTATION RAISONNÉE » POUR LES ÉLÈVES DU NIVEAU SECONDAIRE


Pourquoi?


Le lien entre l’alimentation et le diabète, le cancer, l’obésité et autres fléaux de cette nature est maintenant irréfutable et, plus que jamais, les Québécoises et les Québécois comprennent que leurs choix alimentaires ont un impact direct sur leur santé.


Mais qu’en est-il des autres conséquences de nos choix alimentaires? Au-delà des quelques heures consacrées aux vertus du guide alimentaire canadien et aux mérites de la bonne forme physique, quelle place l’école réserve-t-elle aux conséquences politiques, économiques, sociales et environnementales de ces mêmes choix?


Qui parle aux jeunes du lien direct entre leur assiette, le producteur du coin, celui qui se trouve sur un autre continent, leurs pratiques et réalités socio-économiques respectives, etc.? Par le biais de quel forum éducatif un étudiant peut-il obtenir une vision intégrée et cohérente de l’alimentation, de ses composantes jusqu’à ses impacts les plus concrets sur l’univers dans lequel on vit, ici et ailleurs dans le monde?


Comment?


Les agriculteurs et les agricultrices du Québec considèrent que nos étudiants ont besoin d’un cours leur permettant de faire des liens entre toutes ces questions. C’est pourquoi ils demandent au gouvernement de mandater le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport pour qu’il crée, en concertation avec le monde agricole et les intervenants du milieu, un cours sur l’«alimentation raisonnée» permettant aux étudiants du secondaire d’établir des liens entre nos choix alimentaires et:


  • l’art culinaire;
  • la culture;
  • la santé et la prévention de maladies graves ou chroniques;les conditions propices au maintien d’une agriculture de proximité;
  • la vitalité sociale et économique de nos régions;
  • le développement durable et le respect de l’environnement;
  • les réalités climatiques, culturelles et sociales entre les régions du monde;
  • l’équité et la justice sociale;
  • les conséquences sur l’alimentation d’une libéralisation à tous crins du commerce des produits agricoles.