Pour M. Girouard (selon qui le gouvernement actuel n'a plus aucune crédibilité dans le dossier agricole), ce «monopole» «freine tout simplement le développement de l’agriculture au Québec», alors que «plus de 140 millions de dollars» sont prélevés annuellement «dans les poches des agriculteurs (…) afin de faire fonctionner son système de mise en marché collective. Ses fameux prélevés n'ont fait qu'augmenter depuis 10 ans, afin de soutenir une structure de plus en plus lourde et une Confédération déficitaire».
«Dans vraie vie», la Loi sur les producteurs agricoles (1972) stipule que le statut d’association accréditée est dévolu à l’organisation à laquelle adhère volontairement la majorité des producteurs (comme dans tous les autres régimes syndicaux au Québec, à l’exception des travailleurs de la construction). Une autre organisation que l’UPA peut très bien accéder au statut d’association accréditée dès qu’elle détient à son tour la majorité des appuis. Le terme «monopole» est donc inapproprié, d’autant plus que la Régie, dans le cas où l’association accréditée ne représenterait plus la majorité des producteurs, pourrait révoquer ladite accréditation (P-28, art. 20 et 22). Actuellement, malgré la présence d’autres organisations syndicales, près de 95 % des producteurs agricoles québécois adhèrent volontairement à l’UPA et le font à chaque année au rythme des renouvellements et des nouvelles adhésions.
Au regard du développement de l’agriculture québécoise et du précompte syndical que suppose le statut d’association accréditée (comme dans tous les régimes syndicaux au Québec), soulignons que l’existence d’une organisation démocratique comme l’UPA, dirigée et financée par et pour l’ensemble des producteurs agricoles, entraîne notamment l’obtention de politiques leur permettant:
- d’améliorer leurs revenus (assurances récoltes et stabilisation, remboursement des taxes foncières, financement adéquat, gestion de l’offre, mise en marché collective, législations diverses, subventions, etc.);
- de continuer d’exercer leur profession (protection du territoire agricole, protection des activités agricoles, soutien à la relève, valorisation, Fonds de défense professionnelle, etc.).
- au développement de services favorisant le développement de leur profession (services-conseils, comptabilité-fiscalité, main-d’œuvre, sécurité au travail, formation, recherche, innovation, etc.);
- à l’amélioration de leurs pratiques professionnelles, dans l’intérêt du public et en réponse aux attentes sociétales (agroenvironnement, traçabilité, innocuité, qualité, etc.);
- de promouvoir les systèmes de mise en marché collective et d’accompagner les groupes qui souhaitent s’en prévaloir.
- que l’agriculture québécoise tarde à se diversifier. Comme le confirmait la CAAAQ (un rapport particulièrement prisée par le président de l’UP), l’agriculture québécoise est l’une des plus diversifiée au Canada: «l’agriculture québécoise demeure diversifiée en termes de productions présentes sur le territoire – tant animales que végétales (pour consommation humaine et animale)» (CAAAQ, études complémentaires, page 1-5); «L’agriculture est plurielle au sens qu’elle est présente partout au Québec, que les productions sont variées et que la taille des fermes est diversifiée» (page 1-13);
- que les fermes disparaissent plus vite au Québec qu'ailleurs au Canada. En effet, à l’exception de la Nouvelle-Écosse et de la Colombie-Britannique, c’est au Québec que le nombre de fermes est le plus stable;
- que les agriculteurs québécois sont plus endettés qu'ailleurs. En réalité, les agriculteurs québécois sont au cinquième rang canadien au regard du ratio d’endettement (25,4% en 2010), derrière la Nouvelle-Écosse (25,6%), le Manitoba (25,7%), l’Île-du-Prince-Édouard (30,0%) et Terre-Neuve (35,2%);
- que l’UPA est responsable du déficit cumulé de la Financière agricole. En fait, le budget annuel de 305 millions $ suffisait aux besoins de la FADQ jusqu’à la crise de l’ESB, la chute prolongée des prix dans le secteur des céréales, les modifications importantes à la participation financière du gouvernement fédéral dès 2003, l’effondrement des prix du porc sur la scène internationale, le circovirus, la hausse des coûts de production et la parité du dollar canadien avec le dollar américain. Il est incongru d’attribuer à l’UPA ou au principe d’association accréditée en agriculture ces phénomènes mondiaux;
- que le Québec subventionne une agriculture industrielle qui fonctionne à perte. À témoin, le revenu agricole net au Québec était de 1,045 milliard$ en 2010 (revenus bruts de 7,171 milliards $). En Ontario pour la même année, le revenu agricole net était de 488,4 millions $ (revenus bruts de 10,280 milliards $). L’agriculture québécoise a donc des revenus nets 114% plus élevés que l’agriculture ontarienne malgré des revenus bruts 30% moins élevés. De tels résultats sont grandement attribuables au modèle agricole québécois, exceptionnellement performant à l’échelle canadienne, à la mise en marché collective, qui permet notamment un meilleur équilibre des forces en présence, et à des programmes de soutien plus adéquats, accessibles et adaptés qu’ailleurs au Canada;
- que des agriculteurs sont poursuivis par l'UPA et ses fédérations affiliées «pratiquement toutes les semaines devant la Régie des marchés agricoles».
